Une grossesse après 40 ans


Les grossesses après 40 ans représentent 5% des grossesses aujourd’hui en France (contre 1% en 1980). Certains parlent de « grossesses tardives », ou « très tardives » au delà de 45 ans… on se rend ainsi compte que cet âge « 40 ans » est particulièrement symbolique.


Une pression médicale énorme dès 35 ans 

Les scientifiques n’ont de cesse de répéter que la baisse de la fertilité s’amorce autour de 30 ans avec une baisse des chances de conception à partir de 35 ans. « La probabilité de devenir enceinte chaque mois est d’environ 25% à 25 ans, mais seulement de 12% à 35 ans et de 6% à 40 ans. »

Outre la chute de la fertilité, le deuxième problème est l’augmentation du risque de fausses couches lors des tentatives de grossesses mais aussi des protocoles d’assistante de procréation médicale. Ce serait des fausses couches spontanées en majorité dues à des anomalies chromosomiques. De quels chiffres parle-t-on ? Passé 35 ans, 1 grossesse sur 10 se termine par un avortement spontané. Vers 40 ans, ce taux avoisine 18% et au delà de 45 ans, il culmine à 50% selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France.

Le test de DPNI (lié à des problèmes chomosomiques) est quasi systématique à partir de 38 ans. Sachant que le risque de trisomie 21 théorique est estimé à 1 pour 2000 embryons à 25 ans, il passe à 1 pour 110 à partir de 40 ans et à 1 pour 28 à 45 ans. Ce sont des risques théoriques et également le résultat du principe de précaution. Résultat : il naît plus de bébés avec une trisomie pour des mères trentenaires que de quadragénaires.


Faut-il un suivi médical particulier ?

Pour toutes les femmes, et peu importe leur âge, porter un bebe signifie +40% de débit cardiaque, +60% de ventilation pulmonaire et +30% du travail des reins. Pour toutes les femmes en bonne santé, il n’y a donc aucun problème. « Les risques sont maîtrisables et restent dans des proportions acceptables avec une prise en charge adaptée » estime le Pr Jean-Marc Ayoubi, chef du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Foch à Suresnes et co-auteur d’une étude sur 1 500 patientes enceintes de plus de 40 ans.

Passé 35 ans, le risque de diabète gestationnel est multiplié par 5 environ. Les impacts ne sont pas à minimiser pour le bébé et le diabète gestationnel doit être pris en charge avec un régime adapté (mais pas insurmontable).

Mais inutile de se stresser outre mesure ! « Les complications de la grossesse après 40 ans d’aujourd’hui sont équivalentes à celles des femmes de 30-35 ans dans les années 1970 », soutient le Pr Ayoubi.

La mortalité maternelle reste exceptionnelle avec 20 cas sur 100 000 contre 7,5 pour les femmes de moins de 30 ans. D’où l’importance d’être bien suivie. On oublie trop souvent que l’âge du père a aussi un impact. Plus il est âgé, plus le risque de fausse couche est élevé. 


Des enfants de plus en plus tard ?

En 2015, les françaises avaient leur premier bébé à 28 ans en moyenne, contre 24 ans en 1970. Comment l’expliquer ? D’après l’Insee, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décalage, « notamment par la diffusion des moyens de contraception, la généralisation des études et la place croissante des femmes sur le marché du travail ».  Est ce que ce discours sur l’émancipation des femmes n’est pas surrané ? N’est-il pas encore une marque encore perceptible d’une certaine représentation patriarcale dans l’inconscient en France? S’ajouterait aussi le souhait des couples qui veulent profiter de leur vie de couple avant de fonder une famille. 

Pour Marc Bassin*, sociologue à l’Etude des Hautes Etudes en Sciences Sociales, « Il y a 3 raisons principales d’avoir un enfant après 40 ans. Soit on s’est remis en couple à la suite d’une séparation. Soit on n’a pas pu du fait de problèmes de santé ou d’infertilité, avoir un enfant plus tôt. Soit on n’a pas réussi à articuler emploi et maternité. »

Il appelle donc à démystifier le phénomène de « super women » et tord le cou au cliché de « la femme battante, cadre et surinvestie dans son travail » choisirait de repousser la maternité afin de se laisser le temps de faire carrière, oublierait de faire des enfants et se réveillerait soudain à 40 ans. « Seulement 1 mère tardive sur 10 répond à ce profil. Cette proportion est importante dans la mesure où moins de 10% des femmes sont cadres – ce qui fait que celles-ci sont surreprésentées parmi les mères tardives. Toutefois 90% des mères tardives sont plus proches des catégories intermédiaires ou populaires et beaucoup sont « inactives », au sens où elles n’ont pas déclaré exercer d’activité. »


Parents plus vieux, parents heureux ?

Avoir des enfants à 40 ans, c’est surtout le résultat des mutations profondes de la société : contraception, parcours professionnel, etc. Un discours quelque peu schizofrène entre l’impératif médical et l’injonction sociétale de s’assumer matériellement avant de faire un enfant. «Aujourd’hui, la société pousse les femmes à retarder de plus en plus le moment de la maternité. Il est politiquement correct d’attendre d’avoir ses diplômes, d’avoir assuré sa carrière, d’acquérir son logement, etc., avant d’envisager d’être parent » analyse Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, fondatrice de l’association La Cause des bébés.

Mais la bonne nouvelle est là : « Quand les parents ont attendu longtemps leur enfant, ils ne veulent surtout pas rater ce moment-là, décrypte la psychanalyste Myriam Szejer. Ils sont très centrés sur l’enfant et font le maximum pour son bien-être. » Ces futurs parents du XXIème siècle prennent ainsi davantage leur temps.

Egalement après 40 ans, un père ou une mère se sent plus expérimenté.e et la maturité les oblige à prendre soin d’eux et à se maintenir en forme.

En conclusion, beaucoup de mères après 40 ans sont jugées et certaines ressentent un sentiment de solitude ou de honte. Cette honte vient principalement d’une condamnation morale de la sexualité et de la fécondité féminine passée un certain âge.

Les grossesses tardives ne sont que le résultat des changements sociétaux profonds et si c’est votre projet, vous n’êtes pas les seul.e.s et ces naissances sont vécues avec plus de sagesse et de recul qui sont particulièrement appréciables.

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* Parents après 40 ans, Marc Bessin, Hervé Levilain, Autrement, 2012
Photographie : © Foxbelle Photography