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Pihla Hintikka, auteure finnoise et maman de Anton 5 ans et Thelma 1 an

Portrait pihla maman de anton 5 ans et Thelma 1 an

“Le changement du corps pendant la grossesse et l’accouchement, c’était pour moi une expérience d’empowerment”

Journaliste et auteure indépendante, Pihla est mère de deux enfants. Elle confie à Mamababy sa vision de la maternité, la façon dont elle gère la double culture franco-finlandaise de ses enfants, et la manière dont elle essaie de préserver un peu de temps pour elle.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 36 ans, je suis née dans le nord de la Finlande, et je suis venue en échange Erasmus en 2005 en France pour la première fois. Quand je suis arrivée à Paris, je suis allée au jardin du Luxembourg, je ne connaissais personne, je ne savais même pas commander un croissant et pourtant j’ai eu ce sentiment d’être arrivée à la maison.

Je suis journaliste indépendante depuis que j’ai 18 ans et j’écris aussi des textes de fiction. J’ai publié Le Guide féministe de la grossesse co-écrit avec Elisa Rigoulet en 2019, et en 2020 je vais publier mon premier roman en finnois ainsi que le 2eme volume du Guide féministe de la parentalité. Je suis mariée et j’ai deux enfants, Anton et Thelma.

Comment se sont passées tes deux grossesses ?

J’ai fait une fausse couche avant Anton, très tôt, qui m’a un peu secouée. Quand j’avais appris ma grossesse, on commençait à peine à essayer donc j’étais un peu tétanisée, je me posais mille questions. C’était surtout Tom qui voulait un enfant à la base mais quand j’ai fait la fausse couche, j’ai vraiment réalisé à quel point je voulais un enfant moi aussi.

Quand je suis retombée enceinte, d’Anton, mes angoisses prenaient moins le dessus, j’ai pu davantage en profiter dès le début. J’ai été malade les trois premiers mois, mais après tout s’est bien passé. La deuxième grossesse était différente, aussi parce qu’ils ne sont pas nés à la même période. C’était l’hiver pour Thelma, donc à la fin de la grossesse j’étais tout le temps malade, et puis j’avais déjà Anton à gérer. Mais mes grossesses se sont vraiment bien passées dans l’ensemble.

Vous n’avez pas eu d’envies ni de maux particuliers ?

Je pleurais pour pas grand chose. Par exemple, j’adore le café le matin, et quand j’étais enceinte d’Anton, je trouvais que le café avait un goût de terre, ça me faisait pleurer !

Avec Thelma, je ne pouvais rien manger de chaud, les trois premiers mois. Rien que l’odeur des aliments cuits m’écoeuraient. En revanche, je mangeais plus de chocolat et de sucre parce qu’en enlevant l’alcool et les sorties, c’était un bon moyen de se consoler !

Comment avez-vous vécu la transformation du corps ?

Pour les deux enfants, j’ai pris 12 ou 13 kilos, et je faisais un peu de sport. Le changement du corps pendant la grossesse et l’accouchement, c’était pour moi une expérience d’empowerment. Moi qui ai fait du mannequinat où tu peux être considérée comme un objet, je trouvais fou de voir ce que mon corps était capable de faire. Je n’ai pas été pressée de retrouver ma silhouette après.

Je trouve qu’il y a une vraie pression sociale en France, peut-être liée au congé maternité trop court. Tu dois reprendre ta vie, ton boulot, ton corps comme s’il ne s’était rien passé. En Finlande, c’est un processus beaucoup plus doux et lent. Une naissance est un marathon, il faut du temps pour se remettre de ça.

Comment avez-vous vécu vos accouchements ?

Pour Anton, j’ai perdu les eaux sans aucune contractions, sur le canapé d’une copine ! On a pris leur voiture, et mon ami qui conduisait était en panique, Tom aussi, mais moi je ne sentais rien donc je ne me rendais pas compte. J’étais pourtant déjà ouverte à 3 ou 4 cm ! Quand les contractions sont arrivées, elles étaient tout de suite très fortes, j’ai eu l’impression d’être nulle de ne pas arriver à les gérer alors que ce n’était que le début. J’ai demandé la péridurale mais elle n’a pas marché. J’ai eu la sensation que mon esprit sortait de mon corps parce que la douleur de la toute fin de l’accouchement était au-delà de ma compréhension. Je me suis dit que le corps était vraiment bien fait, il était en train de me protéger psychologiquement.

On m’avait dit que le jour où j’aurai un deuxième, il faudrait que je vienne tout de suite à l’hôpital, dès les premières contractions, et c’est ce que j’ai fait pour Thelma, heureusement. J’étais déjà ouverte à 5 centimètres, et j’ai eu le temps d’appréhender les contractions et de demander une péridurale qui a fonctionné ! J’ai eu une petite dose et c’était génial, j’ai tout senti mais l’immense douleur n’était pas là. C’est allé très vite, je me suis mise sur le côté pour la laisser descendre et j’ai accouché comme ça.

Comment se sont déroulé les premiers jours avec eux ?

On a posé Anton dans un berceau, et on l’a regardé en se disant : ‘Mais c’est qui, ça?”, c’est un sentiment étrange que tous les nouveaux parents partagent. D’un coup la maison était envahie par un inconnu ! Il pleurait beaucoup, il faisait des coliques. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs des premiers mois, j’étais épuisée. Ma voisine canadienne de l’époque, qui avait trois enfants, sonnait à la maison quand elle entendait Anton pleurer. Elle me le prenait cinq minutes ou me servait un verre de vin pour qu’on discute.

Le plus beau moment que j’ai vécu, c’est quand Anton est venu à la maternité rencontrer sa petite soeur. Je l’ai trouvé géant ! Mon bébé avait grandi d’un coup. Ils étaient tellement doux l’un envers l’autre. Nous avons créé ces deux personnes qui sont là l’une pour l’autre, un lien émotionnel qui ne nous appartient pas. C’est magique.

Avez-vous souhaité allaiter ?

J’ai allaité Anton neuf mois et Thelma dix mois. C’était évident, je ne me suis pas posée la question. Heureusement que ca a marché. Pour mon fils, à la maternité, j’ai eu une conseillère en lactation qui m’a encouragée et était valorisante dans mon choix.

Et pour Thelma, je suis tombée sur une équipe qui n’y connaissait rien, on me disait qu’il fallait que je lui donne un biberon parce qu’elle ne prenait pas assez de poids. Toutes les deux heures, on venait vérifier si elle tétait bien, je me sentais comme un objet, et comme si je faisais du mal à mon bébé.  Ils m’ont insufflé un stress qui allait à l’encontre de ma connaissance de l’allaitement depuis Anton. Finalement, je l’ai allaitée six mois exclusivement, puis en mixte.

De quelle façon abordez-vous la double culture dans leur éducation ?

Je leur parle uniquement en finnois et Tom que en français. Avec Anton j’avais plus de patience pour lui expliquer les choses en finnois, et traduire ensuite à Tom en français ce que je venais de dire. Là, avec les deux, par facilité et je m’en veux, je parle parfois directement un peu en français. C’est dur au quotidien de jongler entre plusieurs langues, mais ça vaut le coup de persister. Là ça y est, Anton est bilingue, il va à l’école finlandaise le mercredi.

Comment parvenez-vous à prendre du temps pour vous ? Et à deux avec votre mari ?

J’avais conscience qu’on met davantage les besoins personnels et du couple de côté lorsqu’on a des enfants. C’est aussi un choix, les enfants sont petits et j’ai envie d’en profiter un maximum. Je réalise que ce sont les choses toutes simples qui deviennent un vrai luxe, comme marcher seule dans la rue par exemple. Je me suis inscrite à un cours de barre au sol avec la mairie, le mercredi soir. C’est symbolique, au milieu de la semaine, un moment où je peux penser à moi.

Comme je suis freelance, je peux m’organiser dans la journée pour prendre un peu de temps pour moi ou même voir des amis. J’ai conscience que je suis privilégiée pour ça. Avec Tom, on sait qu’on va retrouver des moments rien qu’à nous deux aussi, et on a hâte. Nous savons que notre vie ne va pas être toujours comme ça, ce n’est pas facile tous les jours pour l’instant, mais nous avons énormément de chance.


Photographie : Eeva Suutari
Mots : Tiphaine Lévy-Frébaut pour Mamababy Paris

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