La PMA, parlons-en

PMA parlons en

Lorsque le désir d’enfant tarde à être assouvi, il est possible de faire appel à la médecine pour avoir un coup de pouce. En France, c’est un couple sur six qui consulte chaque année pour un souci d’infertilité. Sans parler de la pression de l’horloge biologique, notamment après 40 ans, où les chances de concevoir naturellement sont de 6%. Autant dire que c’est un sujet qui concernent de nombreux couples en attente de fonder une famille !

Entre idées reçues et parcours du combattant, Déborah Schouhmann-Antonio*, coach et thérapeute en périnatalité, apporte son éclairage afin d’avoir les bonnes informations, et d’aborder au mieux cette période souvent difficile.

Pouvez-vous nous rappeler ce que l’on appelle PMA et quelles sont les formes pratiquées en France?

Il existe trois techniques de PMA : La stimulation ovarienne, qui est un début d’aide à la procréation avec piqûres ou prise d’un traitement, puis un rapport sexuel programmé.
Ensuite, l’insémination avec sperme du conjoint ou d’un donneur, et enfin la FIV, qui met en contact “In Vitro” l’ovule et le spermatozoïde. La FIV avec ICSI (“Intra Cytoplasmic Sperm Injection”, ou micro-injection intracytoplasmique de spermatozoïde en français) donne quant à elle un coup de pouce supplémentaire en implantant directement le spermatozoïde dans l’ovule.
Toutes ces techniques sont autorisées (pour les couples hétérosexuels uniquement) par le CECOS en France (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains), tout comme le don d’ovocyte. À noter que la GPA (Gestation Pour Autrui) est encore interdite à ce jour en France.

À partir de quand faut-il consulter?

Certains patients s’impatientent vite, au bout de trois mois seulement, alors que d’autres ne consultent pas encore au bout de deux ans. En France, on préconise un an de rapports sexuels sans enfant pour commencer à s’interroger. Dans ce cas, il est bien d’aller faire un bilan pour voir s’il y a un problème.
Par ailleurs, si on a plus de 35 ans ou des antécédents gynécologiques (infections des trompes, endométriose, fibrome, ovaires polykystiques…), il vaut mieux consulter au-delà de six mois.
Il faut savoir que l’on a 25% de chance de tomber enceinte à 25 ans, et 12% après 35 ans ! Nous avions en tête que dès qu’on arrêterait la pilule, on tomberait enceinte. Or la pilule a pu masquer certaines pathologies, et le corps doit tout simplement reprendre ses droits.

Quels conseils donnez-vous pour appréhender ces premières questions sans paniquer?

Il ne s’agit pas de s’affoler immédiatement, mais au bout de six mois ou un an, on peut aller consulter. Et si quelque chose dysfonctionne, se dire simplement que l’on peut rentrer dans une aide de la procréation.
En revanche, il est important de prévenir le couple qu’il n’y a pas de garantie absolue que cela fonctionne. Il y a 28% de chance de réussite avec une FIV par exemple, cela peut rétablir le trouble de l’ovulation, mais ça ne résoud pas tout. Le moment où l’oeuf s’implante reste naturel et de l’ordre de la magie, ce qui est merveilleux.

Pourquoi est-ce si difficile aujourd’hui de s’admettre à soi-même, aux yeux de l’autre ou de la société qu’on a des difficultés à concevoir?

Deux mots -très durs- reviennent souvent, c’est la honte et la culpabilité. Culpabilité de ne pas arriver à faire une chose simple et basique aux yeux des autres. Normalement, nous faisons des câlins et un bébé arrive. Et là, ça ne marche pas. Cela peut renvoyer à une blessure narcissique pour l’homme comme pour la femme. Et puis cela renvoie aussi au fait que dans l’inconscient collectif, être une femme passe aussi par le fait d’être mère. De la même façon qu’un homme “plein” serait un homme qui peut faire des enfants. Il y a quelques années, on ne réfléchissait pas au moment où l’on voulait faire un enfant, nous étions moins dans la conceptualisation que maintenant. Ce qui rajoute énormément de pression : j’ai l’homme, le job, l’appartement, et dans le tableau, il ne manque plus que ça.

Selon le cas de figure, le parcours peut être long et semé d’embûches, comment peut-on se faire accompagner?

Les couples doivent être accompagnés, dès le départ. Cela peut être de beaucoup de façons : par la parole, la sophrologie, l’acupuncture… Nous avons tous besoin de choses différentes. En tout cas, il faut trouver ce qui nous aide à tenir la distance au niveau psychologique et physique. J’aide les couples à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent : honte, colère, injustice… L’infertilité inexpliquée est souvent dite “psychologique”, or elle ne se joue pas que dans notre tête mais doit être prise en charge par un médecin et un soutien psychologique. ll faut être aidée médicalement, comprendre et connaître ce qu’on nous fait, avoir en tête toutes les possibilités offertes à un couple, afin de prendre ses décisions.

Rentrer dans un parcours de PMA peut rapidement virer à l’obsession. Comment peut-on se préserver ?

C’est insidieux, une fois qu’il est déclenché, le désir d’enfant empiète sur les autres pans de la vie : on ne change pas de travail maintenant au cas où on tomberait enceinte, on ne voit plus ses amis et sa famille parce qu’ils nous parlent sans cesse de bébé…. Tout d’un coup, ce bébé devient le centre alors qu’il n’est pas là. On ne pense plus qu’à ça, cela devient effectivement une obsession, légitime. Il faut être vigilant, essayer de préserver son balancier positif. Je conseille d’être à 100% dans le projet d’enfant au moment du traitement, en étant à l’écoute de son corps, et le reste du temps continuer à faire avancer des projets pour soi, afin de préserver son énergie, son estime et sa confiance en soi.

Comment être attentif à ce que le processus n’altère pas la vie de couple, la vie sexuelle, voire même le désir d’enfant?

L’homme peut avoir le sentiment que la femme ne veut de lui que lorsque c’est la bonne période, ce qui peut couper le désir. Il faut se réserver des moments de couple où l’on parle de soi, de ses projets, de ses envies, même de ses peurs. D’autant plus dans ces moments-là, il est essentiel de savoir comment l’autre vit tout cela, s’il est toujours d’accord pour continuer. L’homme peut aussi en avoir assez de voir sa femme souffrir. Essayer par ailleurs de prendre chaque jour un petit moment pour soi est bénéfique, parce que si on est bien avec soi-même, on est mieux avec les autres. Il faut parvenir à retrouver de la légèreté dans sa sexualité. écouter son désir, son envie. Bref, préserver une intimité à deux.


* Déborah Schouhmann-Antonio, coach et thérapeute en périnatalité, est l’auteure d’Infertilité: mon guide vers l’espoir (aux éditions Jouvence). Elle anime également un groupe de paroles pour les personnes en PMA à l’Hôpital Américain.


Crédit photo : Henri Pham / Unspash
Mots : Tiphaine Lévy-Frébault pour Mamababy Paris