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Nouveaux pères, nouveaux repères

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Depuis de nombreuses années, le rôle du papa au sein de la famille a évolué pour prendre une place grandissante. Aujourd’hui, les pères s’investissent dans l’éducation et la vie de leurs enfants, et cette répartition plus égalitaire entre les parents devrait encore s’accentuer. Pourtant, selon l’Unaf, 47% d’entre eux disent manquer de temps pour s’occuper de leurs enfants comme ils l’entendent, et 56% des papas d’enfants de moins de trois ans souhaiteraient un congé paternité plus long. Par ailleurs, même si cette tendance est en voie d’égalisation, un père consacre en moyenne 44 minutes par jour à ses enfants, contre 1h33 pour la maman. Le sociologue Gérard Neyrand, professeur à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, livre à Mamababy son éclairage sur ce nouveau rôle des pères.


Pourquoi le désir de devenir père s’exprime-t-il davantage aujourd’hui ?

Il s’exprime plus facilement pour une raison manifeste d’abord : la diffusion des moyens de contraception à partir des années 1970. Depuis, lorsqu’on veut faire un enfant, on le prévoit, on le décide en couple. Dans un tel processus, le désir se construit, ce qui n’était pas le cas autrefois. Cela était caractéristique d’une minorité avant, et ça s’est généralisé avec le temps. Aujourd’hui, on parle de démocratisation de la famille.


Comment leur rôle a-t-il évolué ?

Le taux d’activité professionnel féminin est équivalent au taux d’activité masculin aujourd’hui, contrairement au modèle de femme au foyer qui prédominait auparavant. Ensuite, il faut dire que l’on a connu une valorisation de l’enfance depuis la Seconde Guerre Mondiale, avec des portes-drapeaux comme Françoise Dolto en France. L’enfant est également devenu un support de réalisation personnelle. Depuis, on observe un investissement progressif des pères, dans tous les milieux confondus. Les papas considèrent qu’ils ont un rôle à jouer, et investissent sur l’enfant dès sa naissance, voire dès la grossesse.


D’après une étude de l’Unaf, 43% des hommes s’inspireraient de leur mère, sans pour autant vouloir l’imiter. Répètent-ils un schéma qu’ils ont eux-même connu ?

Avec l’allongement de l’espérance de vie, nous avons quatre générations susceptibles de vivre ensemble. Chacune a été élevée dans un modèle différent. Les générations contemporaines ne veulent donc pas répéter ce qu’elles ont connu mais recherchent un autre rôle à prendre, une réelle proximité avec leur enfant. Les pères ne sont plus les seuls responsables de l’autorité. Cela engendre une reconfiguration à l’intérieur même de la famille, et pour les deux parents, il s’agit d’un support affectif très fort.


Comment cette nouvelle place s’accorde-t-elle avec le rôle de la mère ? Quel équilibre trouve-t-on ?

Il existe une grande variation liée notamment au milieu social, et il faut trouver un consensus, sinon cela peut être source de conflits. Les statistiques montrent que les pères passent plus de temps avec leurs enfants, même si la mère reste dominante dans le temps passé à la maison. Il y a une perdurance du rôle de la maman auprès des enfants, notamment parce qu’en moyenne, le temps passé au travail est moins important que le père. La mère reste attachée à sa place auprès des enfants, certaines ne travaillent pas par exemple le mercredi pour être avec eux. En revanche, le père est davantage présent pour les enfants que pour le reste des activités ménagères. D’après une étude menée par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle et l’Institut BVA, ils ne seraient que 8% à s’en occuper. Tout cela peut compliquer les relations au sein du couple, parce qu’il y a une ambivalence dans le rôle des uns et des autres.


Qu’est-ce que cela change concrètement pour les enfants dans leur construction ?

Cela favorise un développement plus harmonieux et équilibré de l’enfant lorsqu’il est entouré de ses deux parents. Dans le cas d’un investissement parental équitable, l’enfant prend son autonomie dans sa vie sociale à venir, cela lui permettra d’être à l’aise dans une société démocratique, et de soutenir cette évolution égalitariste.


On a le sentiment que la société a un train de retard par rapport à la place de plus en plus importante du père dans la famille, non ?

Les institutions sociales résistent. Si la conception de la famille est égalitaire depuis les lois de 1970 qui ont aboli la puissance paternelle pour la remplacer par l’autorité parentale, et grâce au principe de coparentalité défini par la loi de 2002, au niveau des institutions en revanche, cela ne suit pas toujours. L’investissement des pères est encore freiné par le fonctionnement économique. On voit d’un mauvais oeil qu’un homme s’arrête quand son enfant est malade par exemple. De même que le congé paternité, s’il a augmenté au fil du temps et s’élève aujourd’hui à 3 jours pour la naissance et 11 jours de congés, il reste bien inférieur au congé maternité. L’évolution n’est pas seulement le fait des personnes, mais de toute une logique sociale.


Quelle évolution peut-on imaginer concernant le rôle de père ?

S’il reste encore du chemin à faire, cette tendance va s’affirmer. Nous observons une évolution vers une égalité des places parentales. Les nouvelles générations sont plus égalitaires et partageuses, et devraient mettre en oeuvre cette façon de voir les choses. La mère n’est pas tout !

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Reconfiguration des places et perspectives de cosocialisation, de Gérard Neyrand (Erès, 2019)


Photographie : Caroline Hernandez
Mots : Tiphaine Lévy-Frébault pour Mamababy Paris

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