LittleBunBao : de l’enseignement des signes à l’accompagnement des parents d’enfants Sourds

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En découvrant les signes pour parler avec bébé, Mamababy a fait la connaissance de Marie LittleBunBao. Une personnalité pétillante qui met sa gaieté et son expérience d’interprète en Langue des Signes Française (LSF) dans le milieu scolaire, au service de ceux qui souhaitent s’initier aux signes pour parler avec bébé.

Chez Mamabay, on adore la chaîne YouTube LittleBunBao ! Que vous ayez besoin de quelques signes ou que vous souhaitiez vous affranchir des signes pour parler avec bébé, cette chaîne saura vous accompagner.

Dans cette interview, nous avons découvert une autre facette de la personnalité de LittleBunBao. Celle de l’accompagnement des familles, bien au-delà de l’enseignement des signes. Nous vous invitons à découvrir ses conseils avisés et bienveillants.

Comment l’aventure LittleBunBao a-t-elle démarrée ?

A la base, j’étais une maman comme les autres. J’allais sur les réseaux sociaux à la rencontre de celles avec qui partager les mêmes choix éducatifs : le maternage, l’éducation positive, l’allaitement non écourté, le co-dodo.

Grâce à une application, j’ai rejoint un groupe de futures mamans. Nous nous sommes suivies tout au long de notre grossesse et sommes restées liées après les naissances de nos enfants, à l’été 2017. Un jour, elles m’ont demandé de leur faire une vidéo pour les aider à mettre en place quelques signes utiles avec bébé.

Ayant fait un master I en Psychologie et Développement de l’Enfant, je savais que les signes avaient tout leur apport et contribuaient au rapport mère-enfant. J’ai mis en place une vidéo sur YouTube pour mon groupe. Elles ont voulu la partager avec d’autres mamans et là, ça a complètement explosé. Cette vidéo est toujours visible et, reste à ce jour, la plus regardée.

C’est là que j’ai réalisé qu’il y avait un réel besoin d’enseigner et de démocratiser les signes avec bébé. Le projet est né avec mon groupe de mamans et m’a permis de faire le pont vers la communauté Sourde d’où viennent ces signes.

Comment avez-vous découvert la Langue des Signes ?

Toute petite, j’ai découvert l’alphabet de la langue des signes à la bibliothèque. Ça a été un coup de foudre, j’ai appris tout l’alphabet.  Je trouvais incroyable de parler avec ses mains et que ce soit une langue.

J’ai demandé à mes parents de m’aider pour suivre des cours de langue des signes. J’avais très envie de rencontrer d’autres enfants et d’autres sourds. J’ai démarré l’apprentissage et l’étude des signes à côté du collège, puis du lycée, puis de la fac via des associations. J’ai suivi ce fil d’Ariane tout au long de mes études. Je n’ai jamais rien lâché et très tôt acquis la certitude que je voulais travailler en lien avec la communauté des Sourds. C’est ma vocation.

Qu’est-ce qui vous fascine autant dans la culture Sourde ?

La culture Sourde m’a mis au contact avec ma créativité. Ça s’est matérialisé lors de ma formation d’interprète, en regardant des corpus de langue des signes. Celui de Nastro, médiateur au musée des arts et métiers de Paris, a illuminé ma pratique de la LSF.

Son récit est une recette de tarte aux pommes. En général, on explique les ingrédients et on mime la recette. Nastro a fait différemment : il est devenu chaque aliment ; il est devenu les pommes que l’on coupe, qui se partagent en plusieurs morceaux, cette tarte au four qui gonfle avec la chaleur. Cette recette de cuisine peut être comprise par tous. Elle n’était pas de la langue des signes standard. Son iconicité lui permet d’être comprise de tous.

J’ai ensuite fait la connaissance d’Emmanuelle Laborit, directrice de l’IVT. J’ai d’abord découvert son livre, le cri de la mouette, encore étudié dans certains lycées puis son incroyable travail à l’IVT, épicentre de la culture Sourde. J’encourage vivement à découvrir ce théâtre magnifique et incroyablement créatif.

C’est cela la fameuse iconicité de la langue. C’est la possibilité de devenir les objets, de les matérialiser. Cette dimension iconique est d’une insolente créativité.

De quoi parle-t-on quand on évoque la fusion communicative ?

Dans une société toujours plus branchée sur les réseaux sociaux, et de moins en moins reliée au corps, nous ne nous regardons plus les uns les autres. La LSF y remédie : signer avec son bébé nécessite de le regarder. Au moment où l’on s’adresse à lui, on est complètement à lui et lui complètement à nous. C’est la fameuse fusion communicative.

Rencontrez-vous beaucoup de mamans d’enfants Sourd ?

Les mamans Entendantes d’enfants Sourds m’ont contacté dès que j’ai commencé à faire les signes pour bébé sur les réseaux sociaux. Elles sont généralement sous le choc du diagnostic.

Les parents ont besoin d’écoute et d’accompagnement. Ayant travaillé avec des enfants et ados Sourds pendant 8 ans dans le milieu scolaire, je leur apporte des éclairages et tout mon soutien pour les aider à prendre le recul nécessaire et faire des choix éclairés.

Ce diagnostic précoce de surdité propulse les parents dans une zone de stress alors que ce ne sont que les premiers jours de bébé. Le corps médical parle déjà d’opération, d’oreilles à retaper. Je m’efforce de ramener l’Humain dans la discussion.

Que pensez-vous du diagnostic précoce de surdité ?

Je suis révoltée par le dépistage précoce de la surdité. J’ai manifesté contre cette loi.

Il intervient dans les premiers jours suivant la naissance alors que la Maman et le bébé vivent la plus belle rencontre de toute leur vie, un moment unique mais aussi fragile. Ils sont épuisés et ont besoin de repos et d’amour pour se remettre de la venue au monde. La priorité est de créer une bulle de douceur et de sécurité pour récupérer. Ces premiers temps sont dédiés au tissage du lien magique et fragile des parents avec leur enfant.

Quand l’équipe médicale déboule la mine inquiète vous annonçant qu’ils suspectent « votre enfant est peut-être sourd, handicapé », les parents sont propulsés dans quelque chose de sombre, trouble et anxiogène. Le plus souvent, ils sont saisis par la peur. Pour certaines mamans, l’intensité du choc est telle qu’elles n’arrivent plus à regarder leur bébé. Cette annonce est brutale et peut venir briser le lien entre une maman et son enfant.

Il y a besoin d’accompagnement, de lumières, de réponses à de nombreuses questions. Ce moment-là doit être plus léger pour que les parents puissent prendre des décisions éclairées sans gâcher la rencontre avec bébé. Il faut dédramatiser la surdité.

Avez vous des conseils à partager à toutes celles qui lisent cette interview ?  

Les médecins pousseront souvent vers le choix de l’opération et déconseilleront, pour la plupart l’utilisation de la LSF. Le seul avis du médecin ne suffira pas à construire votre réflexion car il perd de vue l’humain. Vous avez besoin de temps, d’informations, de réflexion.

Tout d’abord, sachez qu’il n’y a pas d’urgence à décider, l’opération ne se fera que plus tard quoi qu’il en soit.

Ensuite, je vous conseille d’organiser le soutien autour de vous car l’hôpital ou la clinique ne le prévoit pas. Contactez des associations de parents d’enfants Sourds et de Sourds, un psychologue spécialisé en développement de l’enfant, des professionnels de la langue des signes. Suivez votre instinct, votre intuition. Faites-vous votre propre opinion et ne laissez personne vous dicter votre conduite.

Enfin, sachez que l’opération n’est pas toujours la solution adaptée ; cela dépend du degré de surdité. Un sourd profond, bilatéral ou des deux oreilles n’entendra jamais comme les entendants et la récupération ne sera que partielle. Pour un enfant malentendant, il s’agira d’un ajustement de la perte auditive.

On parle d’implant cochléaire, d’opération. De quoi s’agit-il ?

L’opération est délicate, irréversible et sans véritable garantie du résultat pour les enfants Sourds profonds. Il s’agit d’ouvrir la boîte crânienne et d’implanter des électrodes. L’enfant qui tombe sur l’implant s’expose à un danger qui peut se révéler très grave pour sa santé. C’est une opération très lourde qui demande réflexion, temps et soutien.

La surdité est parfois liée à l’organe de la cochlée, situé dans l’oreille interne. L’implant cochléaire apporte les informations sonores codées au nerf auditif. Ce dispositif est utilisé en cas de perte d’audition chez l’adulte mais aussi chez les tous petits. (Plus d’info disponible ici )

Est ce qu’il y a des choses qu’on oublie de nous dire à propos de bébé ?

Bébé s’est développé pendant 9 mois sans son. Ce qui l’a animé, ce sont les vibrations, le toucher et le goût. Tout le cerveau de l’enfant s’est structuré autour de ces perceptions. La zone cérébrale réservée au son n’a pas été stimulée. Faire passer ces sens en premiers, avant celui de l’audition, est naturel. Couper un enfant de la langue des signes, c’est aller contre sa nature.

La langue des signes est la langue naturelle de Sourds. C’est un instinct de parler avec les mains. Cela fait peur au milieu médical qui se sent mal à l’aise avec le fait que les enfants, appareillés ou implantés cochléaire, placent la langue des signes en premier.

Quelle est votre perception ?

Selon moi, il est capital de respecter l’humain qui est en face de soi. C’est un enfant Sourd : sa langue sera différente, son acuité visuelle sera plus développée comme sa pensée visuelle et sa créativité. La réponse la plus adaptée reste, dans un premier temps, la langue des signes, sa langue, pour lui permettre de se construire, avant de songer à une potentielle réparation de l’oreille. Libre à chacun de faire l’opération ou pas.

Couper un enfant de sa langue, revient à ne pas l’accepter tel qu’il est. L’enfant Sourd se construira avec cette part d’identité qui lui manquera. Elle ressort souvent à l’adolescence, au moment de la question identitaire.

Quels sont vos conseils aux jeunes parents d’enfants Sourds ?

Je conseille de continuer à communiquer avec son bébé : si on n’a pas la langue des signes à la maison, parce que ça reste un apprentissage et qu’on ne peut pas s’y mettre tout de suite, passez par le mime, par le pointage avec vos doigts. Parlez-lui même s’il n’entend pas, en le regardant avec tout votre amour car cet amour est une langue universelle. On le voit en tant que mère, les ¾ du temps, nul besoin de parler ! On regarde notre bébé, on le regarde intensément et les choses passent.  L’important est de cultiver le lien avec son enfant, de lui transmettre tout ce que l’on ressent comme ça vient. Dites à votre bébé, « je suis là, on va communiquer avec ta langue. Il faut me laisser un peu de temps pour apprendre. »

Si l’enfant est plus grand, dans le cadre d’une adoption par exemple, passez par le mime, le dessin. Montrez-lui qu’il n’est pas isolé et qu’on va communiquer, qu’on communique déjà.

De manière générale, je dirais qu’il faut voir la surdité comme une richesse. Dans certaines familles, tout le monde s’y est mis : papa, maman, tante, frère, sœur. Ils vont tous ensemble en cours de LSF dans l’association d’à côté et ça devient la langue de la maison.

En travaillant dans le milieu scolaire, j’ai rencontré beaucoup d’ados qui souffrent d’avoir été appareillés ou opérés et coupés de la langue des signes. Sachez qu’à l’adolescence, la question de l’identité Sourde remonte et peut être accompagnée de rancœurs : « On m’a pas accepté comme j’étais ».

« Réparer », « Normaliser » les enfants par les implants ou appareils était un geste d’amour. Les parents ont agi dans l’unique but que leurs enfants aient l’avenir le plus facile et le plus classique possible.

Quels sont les bénéfices des signes pour la famille ?

Accepter qu’un membre de la famille ait une autre langue et de l’inclure en vous initiant aux signes, va renforcer l’unicité de votre famille. Vos rapports seront riches. Vous partagerez quelque chose d’unique avec votre tribu.

L’ouverture vers la double culture (Sourde & Entendante) éveillera et nourrira la créativité de chaque membre de la famille, sa pensée gestuelle, sa capacité à comprendre le non verbal. Il y a des cadeaux à la clé.

Recevez-vous beaucoup de témoignages ?

Je reçois de nombreux témoignages de coups de cœur pour la langue de la part de parents de bébés entendants qui signent avec bébé pour faciliter l’expression des besoins de celui-ci avant qu’il ne puisse parler. A la base, c’est un outil extraordinaire pour toutes les familles. Pour certaines personnes, c’est une révélation et une réorientation vers des formations en langue des signes.

Ce sont aussi des personnes qui ont osé aller à la rencontre d’une personne Sourde dans la vie quotidienne. Ce ne sont parfois que quelques signes mais ils aboutissent à des échanges entre les deux cultures, Sourde et Entendante.

La langue des signes doit se répandre et se banaliser. Regardez aux Etats Unis, trois crèches sur 4 utilisent les signes de la LSF avec les bébés.

Le projet LittleBunBao a révélé combien les parents Entendants ont besoin de soutien.  Il est important pour moi d’être là pour eux afin de leur permettre de positiver la surdité. L’idée du projet est justement d’offrir des vidéos qui s’adaptent à tous : du parent qui cherche deux ou trois signes à celui qui a envie d’en découvrir plus, de manière ludique et dédramatisée,

Le travail d’accompagnement que j’effectue avec les familles témoigne chaque jour que Culture Sourde et maternité se conjuguent à l’épanouissement. Je ne dis pas que c’est « confettis et cotillons » chaque matin mais croyez-moi, c’est loin d’être aussi sombre que l’annonce les médecins !

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Mots : Florence Loup
Photographie : Marie de LittleBunbao