Le Daddy blues

Les pères traversent aussi une période de fragilité émotionnelle après la naissance de leur bébé, ils peuvent perdre leurs repères et douter de leurs capacités à être père. Le « daddy blues » est un sujet dont ils osent rarement parler. 

Qu’est ce que le Daddy blues ?

Le Daddy blues ou la déprime des jeunes papas est moins connu que son homologue le baby blues, que toutes les mamans connaissent de manière plus ou moins visible. Ce Daddy blues n’est même pas encore reconnu par la médecine….

Il se manifeste de la même manière (ou presque) que chez les jeunes mamans : angoisse, changement d’humeur, impatience, trouble du sommeil, désintérêt pour leur nouveau rôle de père ou encore insatisfaction constante… cette liste est bien sûr non exhaustive.

Ces papas ont du mal à trouver le bonheur dans cette nouvelle vie de parent les premiers mois, et peuvent éprouver une grande difficulté à vivre le passage du couple amoureux au couple parental.

D’où vient le Daddy blues ?

Contrairement à la part hormonale du Baby Blues chez la jeune maman, le Daddy blues est davantage lié au sentiment d’inutilité du jeune papa et du partenaire face à l’arrivée du bébé.

Pendant la grossesse, le futur père est de mieux en mieux intégré au parcours de la grossesse : rendez-vous avec les professionnels, choix de l’accouchement, etc et c’est formidable. Mais tout comme la jeune maman, il peut avoir tendance à idéaliser l’accouchement. Sauf que l’idéalisation occulte les difficultés inhérentes liées à la parentalité : fatigue, méconnaissance de la petite enfance, etc.

« Contrairement à il y a 50 ans, les familles sont réduites. Il n’était pas rare dans le passé qu’on se soit occupé d’un petit cousin ou d’une cousine. Cette évolution du modèle familial implique également que les jeunes parents arrivent totalement démunis face à l’arrivée de leur bébé, sans expérience et sans aucune transmission de la part des générations passées. » constate le Docteur Louis Alvarez, pédopsychiatre et périnataliste.

Ce que le jeune papa peut vivre ou ressentir

Dans la réalité de l’accouchement, le futur papa est encore (trop) mal intégré et reste très spectateur face à la souffrance et la douleur de la future maman ce qui génère un sentiment d’impuissance.

Puis, l’homme devient père à l’instant où nait le bébé (alors que la mère s’est préparée chaque instant de la grossesse – physiquement et psychologiquement- à cette maternité). C’est un énorme choc émotionnel. En gros, le papa doit prendre un train en marche qui va à toute allure… il rencontre l’enfant (comme la jeune maman) qu’il a imaginé.

De retour à la maison, ils peuvent être confrontés à la peur de ne pas comprendre les besoins de leur bébé et de ne pas pouvoir y répondre ce qui génère une grande frustration et souffrance pour trouver sa place dans la diade maman-bébé pour former une triade papa-maman-bébé.

« Dans une société où le rôle du père est en cours de mutation, les pères sont souvent tentés d’être papa comme on est une maman… et les mamans peuvent paraitre « naturellement » compétentes » d’après le Docteur Luis Alvarez.

L’autre paramètre du Daddy blues est davantage lié à la relation avec sa compagne. La grossesse modifie une femme mais aussi l’arrivée d’un bébé avec le fameux phénomène de la Matrescence. Les jeunes papas ne le savent pas et ne s’y attendent pas forcément….

Dans les premiers temps, la jeune maman est principalement centrée sur le bébé : allaitement, impact des hormones, etc. L’enfant étant la source principale de toutes les préoccupations, le partenaire se sent laissé à l’abandon et il a l’impression de perdre sa femme.

Comment s’en sortir ?

1. Knowledge is power : maintenant vous savez

L’arrivée d’un enfant génère un chamboulement émotionnel et psychique pour l’homme et la femme. La communication est clé. Chacun doit faire attention à l’autre et essayer de réserver des moments au couple mais également à soi.

2. On dédramatise

« Le Daddy blues ou le baby blues est un signe de bonne santé » rappelle le Docteur Luis Alvarez. « Il démontre que le parent a conscience de sa mise en échec et qu’à partir de ce moment là, il entre en relation avec son enfant. »

3. Accompagner les gestes du jeune papa

Le jeune père doit savoir que son aide est toujours précieuse et nécessaire. Même s’il n’est pas capable d’allaiter, il y a une multitude de petites attentions, d’actes à première vue insignifiant pour les non initiés qui faciliteront le quotidien. Et il ne faut vraiment pas hésiter à les accompagner dans ces gestes de papa vers leur bébé, en les prenant par la main pour leur donner confiance, avec bienveillance, en essayant de ne pas faire à leur place (parfois c’est dur, on sait) mais vraiment, prendre ce temps-là est important, pour tisser plus facilement le lien à 3 aussi.

4. Le crédo, chacun son tempo

S’il est vrai que les bébés ne sont pas très “réactifs” les premiers mois, il faut laisser le temps au père de rencontrer son bébé et de construire le lien avec lui, à sa manière. Inutile de le pressuriser ou de le presser, de lui reprocher de ne pas être « assez » ou d’être « trop », le rythme de la rencontre est propre à chacun.

5. Continuer à exprimer son amour pour le jeune papa

Quant à la relation de la couple, « il ne faut pas hésiter à se donner des rendez-vous de tendresse, de complicité, de sensualité pas forcément sexuels pour pouvoir réorganiser sa vie de couple« , explique Heidi Beroud Poyet. « L’objectif est de se retrouver comme un homme et une femme ».

Comment faire dans les premiers temps lorsqu’on est principalement focalisée sur les besoins de son nouveau né ? La facette « confidente » et « amante » est généralement en mineure mais vous pouvez continuer à investir d’autres « langages d’amour » qui aideront le papa dans cette transition.
Quels langages d’amour ? On parle aussi bien des gestes de tendresse du quotidien comme se prendre par la main, poser une main sur l’épaule, se blottir dans ses bras, prendre le temps de parler de sa journée en consacrant un moment de pleine attention, que des surprises comme une (petite ou longue) lettre d’amour laissée dans ses affaires pour lui rappeler tout l’amour que vous avez pour lui, etc.

Croyez-nous mamas, on est passées par là, on l’a vécu, on l’a fait, on a trébuché (parfois) et c’est pour cette raison qu’on vous partage les bons plans qui changent tout! Enfin, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide auprès d’un tiers si on sent qu’on ne parvient pas à résoudre le Daddy blues.

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Mots : Caroline Loup