Deuil périnatal : le témoignage de Marie de LittleBunBao

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C’est le sujet douloureux qui fait peur à toutes les mamans : la perte de son bébé. Nous avons eu de nombreux témoignages de mamans qui ont vécu cette grande épreuve ces derniers mois et nous n’avions pas les mots. Personne n’en parle…. Sauf que ne pas mettre des mots est pire que tout.

Marie de LittleBunBao a traversé cette terrible épreuve sur sa toute première grossesse. Elle a accepté de témoigner avec une grande sincérité sur ce deuil, survenu avant la naissance de sa petite Bao. Elle livre un message touchant d’amour et de soutien à toutes les mamans qui ont connu ou connaissent, elles aussi, l’expérience du deuil périnatal.

Avez-vous toujours souhaité être maman ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé materner. Déjà très jeune, dès l’âge de 4 ans, je passais les repas de famille à bercer mes cousins nouveaux nés. Je les câlinais et leur chantais des chansons. Avant d’être maman, je voulais d’abord m’accomplir dans mon métier. Je me suis épanouie dans mon rôle d’interprète en LSF dans le milieu scolaire auprès d’enfants et d’adolescents pendant 8 ans. D’une part, je traduisais en classe, d’autre part, j’étais professeure d’accompagnement, ce qui consiste à aider les enfants à comprendre les cours, à tout rendre visuel mais également à les accompagner en leur envoyant un petit message le soir pour rappeler l’interro du lendemain, ou décrypter les actualités.

Votre grossesse était-elle décidée ?

Ma première grossesse est juste arrivée. Mon compagnon James et moi nous connaissions depuis 6 mois. Ce bébé n’était pas prévu mais il était évident pour nous de garder notre enfant tant nous étions amoureux. Nous nous sentions prêts.

Malheureusement, la grossesse ne s’est pas passée comme on le voulait. A 3 mois et demi, on nous a annoncé une suspicion de cardiopathie sévère de la petite fille que je portais. On nous a laissé quelques semaines, seuls, sans accompagnement médical, dans la terrible ’attente de résultats’ pour confirmer la gravité de la situation.  Il a fallu interrompre la grossesse. A cinq mois et demi, j’ai accouché de notre petite fille, décédée. Elle s’appelait June.

Ma première expérience de la grossesse a donc été compliquée et m’a demandé d’incroyables ressources pour sortir des décombres où je me trouvais. J’ai beaucoup travaillé sur ce sujet mais plusieurs mois ont été nécessaires pour revenir à la vie

Quel est votre ressenti aujourd’hui ?

C’est compliqué à expliquer à quelqu’un qui serait en train de le vivre. J’ai vécu le pire, l’impensable. Ensuite, avec le temps, j’ai découvert que je pouvais m’en sortir. Même si nous sommes dans un terrible tunnel , la lumière finit par revenir, réellement, il faut le savoir.

Avec le recul, j’ai compris que c’est un jalon, une étape qui a complètement redessiné celle que je suis, et qui a guidé mes pas par la suite. J’ai été bousculée sur tous les plans et dans toutes les dimensions. J’ai expérimenté mes limites, fais le tri dans mes héritages, mes allégeances et mes croyances. J’ai découvert qui j’étais vraiment en tant que personne, en tant que femme.

Ma deuxième grossesse était très différent. Forte de cette douloureuse première expérience, je me suis émancipée des attentes de notre société qui valorisent l’hyper indépendance : « il faut que tu travailles, que tu gagnes TON argent, que ton enfant n’empiète pas trop sur ta vie ». Selon moi, c’est un féminisme obsolète. Le vrai féminisme, c’est d’être libre de suivre ses convictions personnelles. Ça ne définit pas ce que vous « devez faire » mais plutôt d’aller à l’écoute de soi-même.

Quel est le message que vous voulez faire passer à toutes les mamans qui vous liront ?

Je veux leur dire « Ecoutez-vous ! » vous verrez, ça va se passer différemment: vous serez en adéquation avec vous-même. C’est ainsi que pour Bao, ma deuxième fille, l’allaitement a été une évidence, tout comme l’ont été le maternage, le co-dodo, ou le portage. Je me suis écoutée et j’ai pris le temps, le temps de profiter de chaque instant, de me relever de l’accouchement, de la « dévorer » des yeux pendant des heures. Il n’était pas possible de griller ces étapes. Les premières années avec son bébé sont les plus belles. Ce sont celles où l’on a envie de revenir indéfiniment, même à 80 ans. On les capture en faisant des milliers de photos et de vidéos.

J’ai pu m’épanouir dans la maternité parce que je savais ce que c’était de perdre un bébé. Je ne nous voulais pas qu’on me vole le moindre bout de ma maternité, de cet épanouissement offert par la vie, j’avais assez perdu par le passé. Je sais aujourd’hui que rien ne me démolira. Quand Bao est arrivée, nous avions pleinement conscience qu’il fallait profiter de chaque moment et de la chance d’avoir un bébé en pleine santé.

Comment avez-vous réussi à traverser cette épreuve du deuil périnatal ?

Tout d’abord, il a fallu laisser le temps au temps de faire, de cicatriser doucement à mon rythme, un pas après l’autre. Ça a pris des mois. Des questions ne me lâchaient pas : pourquoi l’impensable et l’horrible sont arrivés dans ma vie ? Au départ, on ne comprenait pas. Il était impossible de poser des mots et d’accepter cette situation. Et puis un jour, avec le recul, la vie permet de comprendre, puis d’en faire une force, un guide, un véritable trésor, ce qui au départ semble impossible. Ce n’est pas factuel mais un cheminement humain. Avec du temps, du recul, on arrive à accepter, à le porter, à le regarder différemment et à arrêter de se détruire.

Ensuite, je me suis faite accompagnée. L’association La Petite Emilie a été un soutien précieux. Elle réunit des parents qui ont vécu le deuil périnatal, pendant ou après la grossesse. C’est une bulle de bienveillance, d’échange, de compréhension, un cocon. C’est un moment où on arrive à être off, à se sentir compris sans forcément trop parler.

Il y aussi ce besoin que la famille et les amis fassent une place à cet enfant, qui a existé, qu’il soit enterré, qu’il y ait un endroit de recueil, une cérémonie et des anniversaires. Mon compagnon James et moi avons été très entourés à toutes les étapes. Pendant la période d’attente des résultats , avant que le couperet ne tombe, ils s’organisaient pour être présents tous les jours. Ils nous ont nourris, couchés, parlés. Ils nous ont réanimés. Aujourd’hui encore, à la date d’anniversaire de June, je reçois de leur part des messages. Il y a une bougie à la fenêtre, elle est là, elle a sa place. Et c’est tellement précieux !

Enfin, j’ai eu la chance d’être accompagnée par une Doula pendant mon deuil. Elle a été d’un réconfort incommensurable.

Comment soutenir un proche dans un moment comme celui-ci ? 

Tout d’abord, je dirais qu’il faut continuer de considérer les parents comme des parents. Que notre enfant soit en vie ou non, on reste à jamais ses parents. Je me souviendrai toujours de la psychologue de la maternité Necker qui m’a annoncé au 2ème rendez-vous qu’elle ne pouvait plus me suivre car « ici, c’est un hôpital mère-enfant et vous n’êtes plus mère ». C’était pire qu’une gifle.

C’est un moment compliqué : les parents traversent une tempête terrible que tout peut faire basculer à tout moment. Je pense qu’il est capital d’être accompagné par un psychologue ou thérapeute spécialisé en grossesse tout au long des étapes, y compris pendant la période d’attente des résultats où l’on imagine le pire, où l’on perd tout espoir.

J’ai très peu communiqué sur cette expérience et lorsque cela a été le cas, j’ai reçu des témoignages très touchants de mamans. Certains partenaires qui minimisent, peuvent considérer qu’accoucher d’un bébé sans vie, dans une grossesse avancée, c’est comme une fausse couche (sans parler du manque de reconnaissance du traumatisme d’une fausse couche qui devrait aussi se vivre comme un deuil et sans tabou)… il faut vraiment se faire accompagner.

Vous êtes-vous sentie soutenue dans vos choix de maman par la suite ?

Cette petite fille, partie trop tôt, a semé des graines. J’ai semé à mon tour pendant ma seconde grossesse. Je partageais mes lectures, des articles auprès des personnes autour de nous. Je préparais notre position en tant que parents : pas de violence, pas d’exposition aux écrans trop tôt, l’allaitement, le co-dodo. Nous avons beaucoup partagé et parlé. Nous étions tellement éclairé et déterminé à donner le meilleur à notre bébé, personne n’a mis en doute nos choix.

Cette expérience m’a aussi montré qu’on peut rayonner auprès de la génération « au-dessus » dont les modes éducatifs sont éloignés des modes actuels. Ma mère, que j’adore, ne m’a pas du tout élevé de la même façon : pas d’allaitement, de co-dodo, d’éducation positive. Ça n’était pas du tout le mot d’ordre de l’époque; celles qui maternaient étaient considérées comme des OVNIS.

A l’arrivée de Bao, j’ai constaté que ma maman était plus à l’écoute de son instinct et est devenue plus maternante. Les modèles éducatifs changent si profondément de générations en générations. Nous avons une chance immense d’avoir Internet, l’accès à l’information et la possibilité de communiquer.

Comment s’est passée la grossesse de Bao, votre deuxième enfant ?

J’ai reçu le meilleur cadeau qui soit : l’accompagnement par une Doula (@leslie.lucien), un soleil dans nos vies. Elle m’a donné les meilleurs conseils qu’on peut donner à une femme : écouter son cœur, son cœur de mère, écouter son instinct, savoir que ce n’est pas un gynécologue qui nous accouche mais bien nous qui accouchons, que le corps de la femme sait accoucher comme il sait allaiter.

Elle nous a accompagné avec l’hypnonaissance. C’est une technique d’auto-hypnose que l’on pratique les derniers mois de grossesse pour aborder le travail sans peur, sans stress, sans tension le moment venu, ce qui engendrera moins de douleur. Le papa tient un rôle prépondérant. Nous étions totalement acteurs de la naissance. Mon conjoint était ravi lui aussi. C’était un vrai moment de bonheur, du début à la fin.

C’est comment d’être accompagnée par une Doula ?

C’est un luxe inestimable. Ce sont des heures de discussion, des SMS. C’est une amie qui vient, qui vous met quelques plats au congélo, qui garde votre bébé pendant que vous allez à la douche, qui va chercher les plus grands à l’école si besoin.

Elle est là avant, après, rarement pendant car elle n’a pas accès aux salles d’accouchement. Ce n’est pas prescrit par les médecins et c’est dommage, car cela réduit considérablement le nombre de complications. 

Si on peut se le permettre financièrement, je recommande de faire appel à une Doula. Elle redonne le pouvoir à la femme et lui redonne la confiance dont elle a besoin. Elle permet aux femmes de se dépasser et d’aller chercher leur puissance. C’est vraiment ce côté Humain qui manque terriblement car on n’est pas assez accompagnée face à tous les bouleversements de la grossesse, ni pour l’après, le fameux 4ème trimestre de la grossesse.

Selon vous, pourquoi l’accompagnement d’une Doula permet de mieux vivre l’accouchement ?

Dans un monde parfait, ce serait la place d’une maman de passer tous ces conseils sur l’accouchement, l’arrivée de l’enfant dans la famille, le lien avec son bébé, etc. Mais la société les a dépossédées de ces enseignements, les a coupées de l’allaitement…

On a médicalisé les accouchements. Comme le raconte Bernadette de Gasquet dans son livre, une femme est parfaitement capable d’accoucher, mais on la dépossède de chaque naissance, alors qu’elle est capable de gérer de A à Z. On a dépossédé les femmes de leur force la plus incroyable : la maternité: porter, préserver et mettre au monde la vie, et l’élever.

Aujourd’hui, on revient à l’écoute de soi mais cela prendra des générations. La Doula peut représenter ce concept de femme, de mère, de tante, qui vient transmettre ce savoir pour permettre à une nouvelle maman de trouver ses marques. Ce bouleversement identitaire qui se joue à la naissance pour les parents se nomme la matrescence (très bien expliqué par Clémentine Sarlat) ou la naissance d’une nouvelle personnalité. Une femme qui change, qui pleure, qui veut changer de carrière, qui n’a plus les mêmes aspirations, qui est perçue comme une extraterrestre, alors que ces mutations font parties du processus de l’être humain.

Les pères peuvent également être impactés mais ils l’extériorisent rarement. Quand je vois mon chéri ou mes amis, complètement épanouis dans leur rôle de père malgré les changements survenus dans leur vie, je trouve cela formidable. Ce n’est pas la réalité du plus grand nombre, mais si eux ont réussi à s’épanouir et à s’écouter, ce n’est plus qu’une question de temps pour que les autres pères vivent les mêmes choses.